Sionisme, auto-défense et auto-détermination: les fausses pistes de l’état national

L’auto-détermination des peuples, telle qu’on la conçoit généralement, n’est pas à même de justifier la création d’un état national, encore moins au travers du massacre et de l’expropriation de centaines de milliers de personnes innocentes; et pourtant, tel est l’héritage des nationalismes de la planète, y compris du nôtre, au travers de leurs guerres, de leurs déportations massives, de leurs répressions intérieures face aux rébellions et résistances des minorités vivant sur “leurs” territoires.

Cette entrée en matière peut paraître extrême. Même si les gens reconnaissent, par exemple, que la République a eu ses heures sombres, ils ne voudront pas associer ces heures sombres à un caractère profond en la République, mais juste à des erreurs passagères, qui aujourd’hui sont révolues. Cela n’a donc pas de conséquences pour la République en elle-même. Il n’y a pas lieu de se plaindre, ou de s’inquiéter, encore moins de détruire l’ordre actuel; tout ça n’est que du passé.

C’est peut-être de l’histoire aujourd’hui, mais c’était une actualité brûlante auparavant. Et ce n’était pas une coïncidence que tant de personnes aient été massacrées lors de la Terreur. C’était une affaire de pouvoir. Le pouvoir républicain nouvellement créé ne faisait pas encore l’unanimité, et la guillotine a tranché suffisamment de têtes pour que la république prévale. Le pouvoir utilise le meurtre et l’incarcération pour s’imposer et faire taire la dissidence lorsqu’elle est trop sérieuse, lorsqu’elle est une menace à la continuation de l’exercice de ce même pouvoir.

Il est vrai qu’en 1789 cette dissidence était principalement le pouvoir monarchiste précédent, qui possédait encore nombre d’adeptes, et qui était encore capable de renverser la toute jeune république. Mais ce n’est pas par respect pour l’état national qu’il fallait renverser la monarchie, mais uniquement par respect pour la liberté. Le tsarisme fut renversé, et l’état nouvellement créé en Russie ne fut au final pas moins tyrannique. Le renversement du tsarisme n’en était pour autant pas moins nécessaire. Par quoi aurait-il dû être remplacé, dans l’idéal?

A ce niveau, les lecteurs républicains et anarchistes se divisent. Et c’est bien là une division fondamentale sur laquelle j’insiste, et qui nous resservira plus tard dans cet article.

Nous savons tous qu’une nation constituée de millions de personnes ne peut pas convenir de réunion; ne peut pas avoir d’accord, de contrat, de pacte; ne peut pas prendre de décision commune. Les élections nationales, lorsqu’elles ont lieu, ont souvent pour premier gagnant le parti abstentionniste. Par conséquent, le peuple est incapable de former un état, de lui-même. L’état se forme sans lui. L’état n’est pas le peuple, mais une institution en dehors et au-dessus de lui, qui agit sur lui et qui tente depuis l’institution du suffrage universel de le refléter, mais sans grand succès. (Cette analyse ne prend pas en compte les peuplades qui ont la capacité de se réunir et de prendre des décisions collectives. Je considère ces cas comme des instances d’anarchisme et non d’étatisme.)

Les républicains adeptes de la théorie du contrat social pensent exactement l’inverse, et utilisent le vote et d’autres actes de participation tels le paiement des impôts, pour déduire un consentement tacite aux institutions de l’état. Bien sûr, l’état doit exister et agir avant de pouvoir demander le consentement; ce genre de raisonnement est donc circulaire et ne prouve rien. L’état est né sur des montagnes de cadavres; il n’y a pas si longtemps, il envoyait les déserteurs au bagne, il appelait les uns et les autres des traîtres, et les faisait fusiller. Aujourd’hui encore, des skinheads patrouillent les rues de Lille, et tabassent ceux qui ne sont pas assez “fiers d’être Français.” Et si la police ne fait pas de même, le cœur y est, vous pouvez me croire. Les temps ont changé, mais pas les principes de base qui sous-tendent le système et les réactions de ses adeptes. La France est “démocratique” par religiosité, et non par principe et respect des personnes. Elle projette sa démocratie ailleurs comme les religieux projettent leur système de croyance, par la violence et l’intimidation.

Mais mon première paragraphe paraît injuste pour une autre raison encore. Qui suis-je pour refuser l’auto-détermination de quelque peuple que ce soit? C’est un droit qui a enflammé des millions de personnes au sortir de la première guerre mondiale. L’auto-détermination est le droit qui se trouve au centre des principes de l’anarchisme. Alors pourquoi cette position? La raison pour laquelle cette auto-détermination est injustifiée — c’est-à-dire, qu’elle ne peut être mise en vigueur par une force proportionnelle au but désiré — est simplement que la définition d’un peuple, de son histoire, et de ses revendications territoriales légitimes n’est généralement pas établie sur des faits réels. Les revendications nationalistes sont souvent basées sur des mythes d’occupation originelle qui n’ont qu’un vague rapport avec la réalité. Elles font parfois aussi appel à des mythes de destinées collectives divines et/ou éternelles (par exemple, Clovis aurait créé la France en se faisant baptiser), qui doivent paraître complètement loufoques pour quiconque possède un esprit critique un minimum capable de discerner le vrai du faux.

Comme ce sont des mythes et des hypothèses, et même si les nationalistes y souscrivent avec toute la force de leur âme, elles n’ont aucune validité objective. Et l’état national est invalide pour la même raison qu’on ne peut accepter de pouvoir théocratique. Parce que Dieu est et restera une hypothèse non-vérifiée, sans quoi il n’y a plus lieu de parler de foi. Ses “commandements,” bien qu’obligatoires aux yeux des religieux, sont dans la loi peu de plus que des déclarations arbitraires, qui ont force de loi dans la mesure où ils expriment la loi (j’utilise ce terme de loi selon la conception jusnaturaliste à la fois ouverte et radicale de Charles Johnson*). La loi détermine ce qui est admissible et ce qui est obligatoire, et non les anciens livres religieux, quelle que soit la validité de tel ou tel psaume.

Maintenant que cela est posé, passons à un autre sujet qui est lié à la fausseté des revendications territoriales des nationalistes: le sionisme. Le sionisme est le nationalisme juif, avec ses propres myriades de branches et de variations, d’un extrême à l’autre, de la gauche à la droite, modérées et extrêmes. Malgré la variété des formes de ce nationalisme, tous ont bien entendu comme revendication minimale la création d’un état juif en Palestine.

Et là, il faut séparer deux choses: la création d’un état sur des terres volées ou expropriées, et la création d’un état sur des terres vides. Mettons de côté pour l’instant la critique anarchiste des états, en tant qu’institutions injustifiables d’oppression. Du point de vue (erroné) de la plupart des gens dans le monde, la deuxième possibilité, la création d’état sur des terres vides, est la seule que l’on puisse accepter, en accord avec les standards (incomplets ou erronés) de moralité. Pour cette raison, pendant longtemps, les sionistes ont prétendu que la Palestine était précisément cela: des terres vides d’habitants, que les juifs pouvaient donc occuper. Une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Certains ont même prétendu que les palestiniens n’existaient pas en tant que peuple, et qu’ils n’étaient que des égyptiens, des jordaniens, voire même juste des arabes qui n’avaient rien à faire là. Des occupants sans droit ni titre.

Si, lorsque le mouvement sioniste prenait de la force au XIXème siècle, c’est par l’achat progressif de terres et l’installation de colonies dans le désert que les sionistes se sont peu à peu installés, la création même de l’état juif, qui nécessitait une reconnaissance internationale, n’a pas eu lieu avant la fin de la seconde guerre mondiale et l’holocauste. L’achat de terres était facilité par une situation particulière, comme le détaille l’article Aliénation d’une Patrie par Stephen Halbrook: l’Empire Ottoman ayant grandement appauvri la population palestinienne, de nombreux transferts de titres terriens ont été réalisés. Plus de la moitié des terres achetées par les sionistes l’ont été de propriétaires absentéistes lointains qui n’en avaient rien à foutre de la Palestine.

Et ce qui est capital, cet état n’a pas pu voir le jour, pour des raisons de contiguïté territoriale, sans que des centaines de milliers de personnes ne soient terrifiées lors d’une guerre civile où des milliers d’habitants furent massacrés, et où les autres ont fui leurs villes et leurs villages. Ces villes, ces villages, et d’autres terres, furent ensuite inclus dans le territoire du nouvel état juif, qui venait d’être créé. L’état juif, parce qu’il a nécessité des bains de sang et des vols de terres, n’a pas le droit d’exister, et doit disparaître, des réparations devraient être payées, des terres devraient être rendues. Voilà ce qui est requis par un traitement globalement neutre de la question de la naissance, de la légitimité, et donc de l’existence continue, de l’état juif.

Cette position est identique pour tout autre état ayant fait usage de violence pour se maintenir, et par conséquent, elle ne peut être liée à de l’antisémitisme. Les sionistes prennent prétexte que d’autres états sont dans le même cas, et que ceux-ci ne font pas l’objet de critique. C’est complètement faux. Mais plus important encore, la justice doit s’appliquer à tout un chacun, et l’ordre dans lequel elle est rendue ne peut pas constituer une discrimination. L’ordre de son application aux différents criminels et contrevenants n’a aucune espèce d’importance. En fait, en demandant à ce que les autres états voyous soient renversés avant eux, Israël et ses défenseurs démontrent qu’ils n’ont pas la moindre fibre morale ou compréhension du mal qu’ils font subir aux autres; ils demandent un traitement de faveur par rapport aux autres; ils demandent à ce qu’on les laisse continuer. Car qui peut demander à la justice d’être retardée? Seulement ceux qui considèrent que ce n’est pas de la justice d’être arrêtés dans leurs crimes; ceux qui considèrent qu’ils ont parfaitement le droit de massacrer des civils par centaines, par le biais de campagnes de bombardement intensives.

Pour beaucoup de personnes, demander la disparition de l’état juif équivaut à établir un permis de tuer. Ce n’est pas le cas, puisqu’il est possible de se défendre sans état. Il est même plus simple d’obtenir sécurité et respect sans lui, puisque l’état est une institution violente et productrice de rancœur et de vengeance, entre minorités soumises et majorités régnantes. Rien de bon et de durable ne peut naître d’une fondation de violence et d’exploitation, cela devrait être évident. (C’était aussi la position de Mohandas Gandhi.) Mais la nécessité de l’état juif pour la sécurité de la communauté juive est tenue comme un axiome incontestable. Ce n’est malheureusement pas une spécificité du mouvement sioniste.

Les nationalistes français, et leurs coreligionnaires de gauche et de droite, croient eux-mêmes que l’état national est la seule institution à même d’assurer efficacement et durablement la sécurité de ses citoyens. C’est faux. La réalité est même inverse: au contraire d’assurer leur sécurité et leur prospérité, nous voyons qu’aujourd’hui par ses politiques de harcèlement et de paupérisation massives, elle assure un état d’insécurité et de pauvreté générales. Et que si, ici et là, la police est en position d’assurer un certain degré de protection, de manière anecdotique, la haine qu’elle pourvoie et les politiques agressives et opprimantes qu’elle exécute, sont telles que le contrecoup n’en vaut tout simplement pas la peine. Les français doivent abandonner leur état pour retrouver la paix sociale.

——————————

* Dans l’intérêt de cet essai, le concept de la loi naturelle peut rester un concept assez fin, compris simplement comme identique à tout ensemble de normes pré-légales qui justifient les revendications légitimes d’autorité légale, et qui sapent les revendications illégitimes d’autorité légale. Ce que sont ces normes est à déterminer à travers l’enquête éthique, et non l’inspection scientifique de la nature. Le terme naturel est ici pris seulement en contraste avec le terme artificiel, c’est-à-dire que la loi naturelle, quelle qu’elle puisse être, est quelque chose d’antérieur et d’indépendant du travail de tout législateur particulier. Donc on ne devrait pas la confondre avec le genre de loi naturelle qui garde les planètes en orbite selon des sections coniques, ou avec diverses tentatives grossières de déclarer certaines pratiques sexuelles ou arrangements économiques contraires à la nature et donc moralement dépravés. Dans l’intérêt de cet essai, la théorie de la loi naturelle n’a pas non plus besoin d’avoir la moindre connexion avec une théorie robuste de la téléologie, qu’elle soit Aristotélicienne ou Thomicienne. Toute théorie éthique qui comprend des normes objectives de justice sera en accord avec la notion de loi naturelle utilisée ici.

Une place pour la loi positive, Charles Johnson

Advertisements
Posted in Analyse, Uncategorized | Tagged , , , , , | Leave a comment

Un peu de sang froid

Sur le site du Collectif Contre l’Islamophobie en France, un billet relate le témoignage d’une femme de confession musulmane qui a entendu un policier faire ces déclarations, après avoir vu passer une autre femme voilée avec deux enfants:

“Regardes moi ça, les Rachida Mélanie ça me dégoûte, moi je te dis, en ce qui me concerne je lui mets une balle dans la tête”

Les commentaires ne sont pas rares qui stigmatisent l’islam et ses pratiquants, ou déclarent qu’on peut être islamophobe ou religio-phobe. “Et ben quoi, on est en France!” Apparemment, le pays de la haine des musulmans, qu’on justifie par la haine des religieux, qui n’est pas moins stigmatisante parce qu’elle serait plus généralisée. J’avais donc envie de faire une petite mise au point.

Premièrement, il ne nous est interdit que de faire du mal à nos congénères. C’est le principe premier de toute société. La liberté de conscience ne faisant -par nature- de mal à personne, elle est une liberté naturelle qui appartient à tous. Dans le cadre de cette liberté, nous avons le droit de pratiquer une religion.

Deuxièmement, sur le sujet des écrits religieux, il n’importe pas qu’ils soient tous strictement pacifistes, mais que leur pratique soit pacifique, car le principe premier ne peut pas s’appliquer aux textes qui sont lus ou interprétés mais aux actes mêmes qui en découlent. Si la pratique est pacifique, alors nous n’avons pas à nous concerner de ce qui est inscrit dans les textes religieux.

Troisièmement, il serait en fait difficile qu’une seule religion soit autorisée, si le critère d’autorisation consistait en l’absence complète de violence dans ses textes. Ce serait un critère injuste qui éteindrait l’idée même de liberté de conscience. (Ce critère pourrait d’ailleurs aussi s’appliquer à un grand nombre de textes politiques qui sont parfois interprétés comme justifiant l’utilisation de la violence. Et ainsi, la liberté politique ne mettrait pas longtemps à tomber elle aussi.)

En effet, presque toutes les religions, dans leurs écrits, punissent ou promettent de punir ceux qui ne se soumettent pas à un ensemble de règles. Mais dans la mesure où les pratiquants ne font de mal à personne, et dans la mesure où ils véhiculent un discours d’acceptation de la différence, ils ne représentent pas un danger. Au contraire, par cette pratique et par ce discours, ils contribuent à construire une société libre et paisible, tout autant que ceux qui ne pratiquent aucune religion, ne reconnaissent aucune moralité, et pour autant ne font de mal et ne déclarent vouloir faire de mal à personne.

Rappelons aussi que la pratique actuelle de l’état centralisé est de punir les individus sur le territoire en fonction d’un ensemble de règles qui n’ont rien à voir avec le fait de protéger autrui. Par exemple, les sans-papiers sont punis de détention et de déportation par le fait de ne pas avoir de papiers. Les personnes consommant ou vendant du cannabis sont punies de prison. Il est également interdit de travailler sans payer d’impôts ou de cotisations. Les travailleuses du sexe paient des impôts mais n’ont pas le droit de travailler. Il est interdit de mettre fin à ses jours, même lorsque l’on souffre abominablement et qu’il n’y a pas d’espoir de survie. Et ainsi de suite.

Que les choses soient claires et non-hypocrites: il n’y a pas un “état de droit” qui respecte les individus ici, et une sharia dictatoriale et invivable là-bas; mais plutôt un type de dictature ici et un type de dictature là-bas. Et à la source, la même écœurante prétention de bienveillance paternaliste. Notre “état de droit” est lui aussi extrêmement marqué par le contrôle et la punition de certains comportements individuels. Nous avons un héritage de libéralisme, ce qui explique notre différence de degrés de liberté. Mais à entendre les “laïques” actuels, on a du mal à voir la différence avec des salafistes. Interdire le voile, imposer le voile, c’est une même liberté qu’on étouffe. Et puis, l’islam aussi a un passé libéral.

Quoi? Et oui. En fait, l’islam était, comme la chrétienté avant l’unification de St Augustin, tellement foisonnant de doctrines, et tellement tolérant, qu’on pouvait même trouver des musulmans qui étaient techniquement anarchistes, bien qu’ils ne se considéraient pas comme tels. Ils s’appelaient les Mu’tazilites et les Kharijites. Leur existence remonte au IXème siècle.

Neil DeGrasse Tyson, un scientifique athée militant, rappelle également une période beaucoup plus tolérante dans l’islam, du IXème au XIIème siècle. Notamment à Baghdad, qui était le centre de la pensée mondiale, où tous étaient acceptés et libres d’aller et venir, chrétiens, juifs et douteurs (le nom des athées à l’époque). C’est dans ces circonstances qu’un grand nombre de musulmans ont fait avancer les sciences pendant trois siècles. Et ainsi, leurs noms constituent la racine d’un certain nombre de disciplines mathématiques et d’étoiles. Par exemple, 2/3 des étoiles actuelles possèdent un nom arabe. Cette période s’est conclue tristement comme avec la chrétienté sous St Augustin: un imam, Hamid al-Ghazali, a avancé dans des travaux influents que les mathématiques étaient l’œuvre du diable. Et depuis lors, la révélation a remplacé l’investigation du monde naturel. Tyson déclare que l’islam ne s’est pas relevé de cette fermeture, en terme de contribution scientifique. Il reste que l’islam a eu un riche passé scientifique et culturel, et que dans la France laïque et libérale, il peut parfaitement se trouver une place.

Ceux qui s’évertuent à assimiler les pratiquants pacifiques à des criminels potentiels contribuent à construire une société autoritaire et asphyxiante. La laïcité y deviendra peu à peu une sécularisation forcée. Et la liberté de conscience sera détruite, remplacée par l’impératif de neutralité et d’effacement de l’individu, sans parler de la persécution des religieux. Mais les ennemis nationalistes n’en ont cure, parce qu’ils se sont eux-mêmes déjà enchaînés dans leur tête; et comme des salafistes, ils veulent maintenant mettre les chaînes au reste des français, en leur insufflant la peur et la haine s’il le faut.

Posted in Analyse, Uncategorized | Tagged , , , | Leave a comment

Une question à Fred Pearce: pourquoi les gens en Afrique ont-ils absolument besoin d’emplois rémunérés et d’un style de vie occidental?

Mr Pearce,

Je suis un lecteur français de votre dernier livre, et j’aurais souhaité vous poser une question, mais je n’ai pas pu trouver votre adresse email. Par conséquent je poste cette question sur un blog que je possède.

A la page 9 de votre livre, Preneurs de Terres, vous écrivez la chose suivante:

“Le plus grand joyau est connu des géographes sous le nom de la Zone de la Guinée Savannah. […] Et pourtant ces terres sont aussi la patrie de 600 millions de fermiers paysans et de bergers africains, ce qui correspond à 1/10 de la population mondiale. Ils font partie de la population la plus pauvre du monde. Ils ont gravement besoin de développement économique.”

Je demanderais à quel point ils sont réellement pauvres, dans la mesure où ils ont accès à de la nourriture et des abris gratuitement, et qu’ils n’ont pas besoin de travailler, sauf en leur qualité de fermiers et de bergers. Pourquoi ont-ils autant besoin de développement économique? On dirait qu’ils vont bien avant qu’ils ne soient retirés de leurs terres. Vous citez une personne disant que les terres sont comme leurs supermarchés et leurs réserves de gibier. On dirait que les gens définissent le développement économique par le fait d’avoir un emploi rémunéré et d’avoir accès à des infrastructures de type occidental. Mais certainement, ce n’est pas le seul style de vie que l’on peut considérer acceptable.

Plus tard dans le livre, vous suggérez qu’une partie de la région de Gambella pourrait attirer du tourisme. Mais à nouveau, cela présuppose que les habitants de Gambella ont besoin de gagner de l’argent sur le dos de la nature et d’avoir des emplois rémunérés, etc. etc. Je vous demanderais pourquoi les gens ne peuvent pas simplement les laisser tranquilles?

Je vous souhaite une bonne journée.

Marcel Dubois

Posted in Analyse, Uncategorized | Leave a comment

A question to Fred Pearce: why do people in Africa need paid jobs and a Western way of life?

Mr Pearce,

I am a French reader of your last book, and I wished to ask you a question, but couldn’t find your email address. Therefore I am posting this on a blog I own.

On page 9 of your book, Land Grabbers, you write the following:

“The biggest prize is known to geographers as the Guinea Savannah Zone.[…] Yet, these lands are also the home of 600 million African peasant farmers and herders, approaching a tenth of the world’s population. They are among the world’s poorest people. They badly need economic development.”

I would question how poor they actually are, considering they have access to food and shelter for free, and have no need to work except through farming and herding. Why do they need economic development so much? It looks like they are doing fine before being taken off their lands. You quote one person as saying the lands are like their supermarkets and game reserve. It sounds like people define economic development as having a paid job and access to western style infrastructure. But surely, that isn’t the only way of life one can consider as acceptable.

Later in the book, you suggest that part of the region of Gambella could attract tourism. Again, that assumes Gambellan inhabitants need to make money off nature and get paid jobs, etc., etc. I would ask you why people can’t simply leave them alone?

Hope you have a good day.

Marcel Dubois

Posted in Uncategorized | Leave a comment

Être de gauche, ou être humain?

Dans un article du Monde datant du 27 juin dernier, le ministre de l’intérieur Manuel Valls déclarait qu’être « de gauche, ce n’est pas régulariser tout le monde et se retrouver dans une impasse. Il faut mener une politique républicaine, conforme aux valeurs de la France, tenir compte de la situation économique et sociale de notre pays et poser, effectivement, des critères. »

Voici pour rappel une des valeurs de la France: la liberté. La déclaration des droits de l’homme de 1789 dit, à l’article II: « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. »

Qu’est-ce que signifie l’expression « un droit naturel et imprescriptible de l’homme » ?

Elle signifie que ce droit ne peut pas être retiré par la moindre « association politique », y compris donc, par l’état français lui-même.

Pendant longtemps après la révolution, il n’y avait aucun contrôle des frontières; aucun système de visa, de passeport, de papiers. Un tel système ne venait même pas à l’esprit des républicains; en fait, ils l’auraient considéré contraire au droit d’aller et venir.

Comment la France faisait-elle, alors, pour résister à l’afflux massif de migrants de tous les coins les plus miséreux de la planète?

La réponse est: elle ne faisait rien, car, comme aujourd’hui, et en dépit de la propagande, il n’y avait pas de tel afflux; lorsque des mouvements importants de migration avaient lieu, ils répondaient à des situations géopolitiques sanglantes, comme aujourd’hui. Comme par exemple, lorsque des massacres et des pogroms antisémites eurent lieu dans les années 1880. A la suite de ces massacres, des millions de juifs russes s’exilèrent.

La majeure partie de ces juifs s’installa en Europe de l’Ouest, et y compris en France. Cela provoqua, sans surprise, des remous dans les milieux de droite et d’extrême droite. Mais en dehors de ces milieux-là, personne ne considérait encore que, parce que le pouvoir français de l’époque n’avait pas été consulté au préalable, ces juifs devaient être expulsés et renvoyés en Russie.

Personne ne suggérait non plus que l’on devait offrir l’asile à ces personnes. Non, les juifs se sont installés en France, et ont commencé à travailler, à ouvrir des commerces, des ateliers, etc. etc. et ils trouvaient suffisamment d’asile en étant libre de s’installer dans ce pays, loin des antisémites russes (et malheureusement, malgré les antisémites français). C’est exactement sous cette conception que les étrangers voyagent sur la face de la terre; beaucoup ne comprennent pas pourquoi ils sont enfermés, et pourquoi ils ne peuvent pas essayer de se faire une vie en Angleterre, et tenter leur chance, à tort ou à raison.

Pourquoi exactement une personne ne peut être en liberté de faire une telle chose aujourd’hui, Mr Valls ne peut pas l’expliquer. Il peut seulement faire vaguement référence à des valeurs que la République aurait. Quelles valeurs exactement justifient l’enfermement, l’incarcération, et la déportation des personnes criminalisées arbitrairement par la législature, nous nous le demandons. La haine? La violence? La barbarie? La xénophobie?

Il ferait mieux de dire que des intérêts économiques privés sont en jeu, et qu’il n’a pas l’intention de questionner leur légitimité, même s’ils nécessitent au final de détruire des droits fondamentaux que nos ancêtres n’auraient pas osé toucher.

Mr Valls est bien de gauche: sa loyauté est envers le système à l’intérieur duquel il travaille, avec ses conditions économiques et sociales de pauvreté et de précarité. En attendant d’arriver à son état idéal, il écrasera les sans papiers comme le faisait la droite avant lui.

Notre loyauté première est envers la justice des droits de l’homme; le système politique, économique et social est une création humaine, qui devrait être changeable à souhait, selon les besoins et les aspirations de chacun. Au lieu de ça, les droits de l’homme sont paramétrés pour s’intégrer aux besoins du système.

Là où Valls choisit d’être de gauche, nous choisissons d’être humains.

Posted in Analyse, Uncategorized | Leave a comment

Un mort, trois enterrements

Les soudanais enterrent Noureddin, la police enterre l’affaire, et le Secours Catholique enterre l’esprit critique.

Le 7 juillet dernier, Noureddin Mohamed, un soudanais de 28 ans, a été tiré hors du canal près de la préfecture. Le lendemain, le Nord Littoral titre immédiatement « Un vol de portable qui a mal tourné? » Si le journal a eu la délicatesse de poser une question, il faut rappeler qu’à ce stade, la police n’avait même pas vérifié cette thèse, qui est celle des trois personnes qui ont poursuivi Noureddin jusqu’à ce canal.

La thèse serait que Noureddin s’est jeté à l’eau en échappant à ses poursuivants; qui le poursuivaient parce qu’il aurait dérobé un téléphone portable à une femme à la sortie de la boîte de nuit, 555. A l’heure actuelle, nous n’avons vu aucune preuve de ce vol. Les témoignages de ses amis abondent que Noureddin n’était pas un voleur, qu’il possédait déjà deux téléphones portables, et qu’il venait d’obtenir le statut de réfugié longtemps attendu, après quatre ans de présence sur le territoire calaisien (!). Ce dernier fait en particulier rend l’histoire du vol extrêmement improbable. Et de toute manière, le supposé vol en lui-même est complètement accessoire à la thèse du saut.

C’est pourtant la totalité de l’enquête qui a été menée: la femme a été auditionnée dans les jours qui ont suivi, et aurait confirmé que l’un des portables retrouvé sur son corps lui appartenait. Encore une fois, personne n’a vu la moindre preuve tangible, et nous devons croire la police sur parole. Nous n’avons aucune idée de la manière dont le téléphone a été identifié comme celui de la femme. Mais cela a suffi pour que le parquet déclare, dans un article du Nord Littoral datant du 11 juillet 2012, qu’un « médecin légiste a pratiqué un examen de corps, qui n’a décelé aucune trace de coup. L’enquête en a donc conclu à une mort accidentelle de cet homme. L’affaire est classée. »

Il devrait être évident à chacun que l’absence de traces de coup ne signifie pas qu’il n’y a pas eu bousculade, et noyade forcée. Maintenir la tête d’une personne sous l’eau, par exemple, ne requiert pas de le frapper et de laisser des hématomes sur son corps. Le parquet fait donc semblant d’être plus bête qu’il ne l’est.

Voilà en tout cas l’étendue de l’enquête policière à ce jour: aucune autopsie, et l’audition de la femme qui aurait été volée. Le moins que l’on puisse dire, c’est que rien n’est prouvé.

Et pourtant, à la suite d’une manifestation en commémoration de la mort de Noureddin, le 8 août dernier, au cours de laquelle des manifestants ont subi de nombreux coups, certains entraînant des points de suture à la tête, entre autres humiliations, indignités, et insultes, le Secours Catholique s’est désolidarisé et a déclaré que les policiers avaient « fait correctement leur travail. » Ils ont également déclaré: « Nous ne nous servons pas des migrants pour embêter le monde. » Dieu sait qu’on ne doit pas « embêter le monde », quand de potentiels meurtriers pourraient être en liberté en ce moment même. Aucune raison de manifester donc!

Si une personne est morte à Calais le 7 juillet dernier, ce n’est pas seulement son corps qui a été enterré, c’est aussi l’affaire qui entoure sa mort, enterrée par la police sans audition d’autres témoins que les poursuivants et sans autopsie du corps. C’est également l’esprit critique qui a été enterré par le Secours Catholique, qui démontre une confiance étrange dans la parole des autorités policières-judiciaires, contre l’absence totale de preuves autres que la parole des poursuivants.

Comme il a été rapporté, l’oncle de Noureddin a porté plainte pour meurtre, et un avocat rouvrira l’affaire dès que possible.

Une partie indépendante sera plus à même de faire la lumière sur les faits que la même police qui, à l’occasion d’un rassemblement le 10 juillet au parc Richelieu, déclarait dans le dos des manifestants: « Attention de ne pas tomber dans l’eau! » se moquant ainsi de la mort d’un homme, et démontrant son absolu dédain pour la dignité humaine, dès que les humains en question sont des étrangers.

Nous sommes aussi très conscients de la tendance des autorités judiciaires à blanchir les exactions policières, même lorsqu’elles vont jusqu’à la mort, dès que les victimes sont des personnes d’origine étrangère, et surtout lorsqu’elles sont impliquées dans des histoires de vol, qui rappelons-le ne sont pas passibles de la peine de mort, sauf aux yeux des xénophobes qui agissent en toute liberté à l’intérieur du système policier-judiciaire.

Qui peut faire confiance à des « autorités » pareilles?

Posted in Analyse, Uncategorized | Leave a comment

Universalism, this politically correct fascism

Or why you too should hate the “human rights” or the parody featured in the conventions that the world governments create amongst themselves. This is section 27 of the International Covenant on Civil and Political Rights:

In those States in which ethnic, religious or linguistic minorities exist, persons belonging to such minorities shall not be denied the right, in community with the other members of their group, to enjoy their own culture, to profess and practise their own religion, or to use their own language.

That’s all very nice, but on the WikiPedia page, look at what France did after signing it in 1980:

France put out a reservation on article 27, in the name of republican universalism, noting the fact that, being “one and indivisible” as a republic, ethnic, cultural, linguistic or religious minorities have no more and no less rights than their fellow citizens: indeed France does not “profile” people by racial categories, etc.

Oh yes, we all have the same “rights,” so obviously ethnic, cultural, linguistic and religious minorities have no right to have their own cultural life, to practice their own religion, or their own language, beyond the one they share with the other citizens. All the state has to do is say everyone must speak the same language, the French language, vulnerable minorities and powerful majorities, to make believe it’s all nice, universalist and equalitarian. “It’s the same language! Why would minorities have more of a right to practice their language than the rest of the population?”

Of course, for those who already speak French, and wish only to speak French, such a command is absolutement harmless. But for those who do not yet speak French, for those who learn French, or probably the majority of cases, for those who speak French fluently, but would like to practice another language with people from their community, because it’s nice, because it makes you think of your country, because it’s part of the roots you have, that command is absolutely unjust and unfounded. And I dare say no one gives a fuck and speaks whatever he likes. That republicans, those hypocritical fascists who want to enslave everyone whilst looking innocent, cannot do much about this.

Let’s not forget that long after the birth of the French Academy, under the parisian monarchy, long after fascist republican universalism, and all the nationalist endeavors to destroy local cultures and dialects through the wonderful universal-fascist-one-size-fits-all mandatory education, much of the “French,” whom the National Front today would call French natives, did not have French as mother tongue:

Even in a country like France, which had secular political borders and where norms for good speaking had been elaborated over the centuries, only half of the French had the French language as mother tongue in 1900. The others spoke innumerable variants of roman languages and dialects; in Britanny, Alsace and Lorraine, the celtic and germanic languages prevailed.

The French language for a long time was only the language of central power, projected, imposed on society, first by monarchy, then by the republic. Which Eric Besson justified so in his book “For the Nation”:

“Our Nation could only be built by this centralizing power, sometimes exterior to the Nation itself, that imposed itself and imposed its law.

Of course the centralizing power was exterior to the “Nation” only once in a while (I suppose Eric means, under monarchy it was); it isn’t like the “Republic” today is just another irresponsible, minority creature from Paris, ruling over thousands of communities through regular lying campaigns we elsewhere call elections. The fact that millions are deluded by them does not mean that reality is such as the one displayed by the centralizing power during those campaigns. But what’s really awesome, is the confusion between the “Nation,” a state creature, and the actual French society against which the state struggled. Why? To build the “Nation!” Against her will, for her own good!

Equality of “rights” and “duties” as arbitrarily dictated by the republic to all citizens is insufficient compensation for the destruction of the natural rights that belong to all, including ethnic, religious or linguistic minorities that exist in the “Nation.” The “Nation” is no natural community. And, the freedom to join or leave a community is the necessary condition of its authenticity. As France lives under the republican state, the French have no choice in that matter, unless they are ready to exile themselves, to another state where they will find similar belonging obligations, that will make even sincere wishes null and void. Foreigners must thus wait decades before being naturalised; it’s a sort of very long hazing.

The “Nation” is no natural community, and it isn’t a mono-cultural, mono-linguistic, mono-religious community either. The fact is, under pretext of universalism, the most numerous community, or that group sufficiently numerous of communities, with a sufficient disdain for a minority community, can impose norms and obligations that seem objective, but could be worked out to result in the oppression of the minority community, all the while sparing the more numerous community or gathering of communities. Mandatory French language is an exemple I’ve already presented. Secularism is another, that harms muslims more than christians and obviously atheists. Easy for them to speak of equality before the law, when they are not suffering from the law’s oppression.

Posted in Analyse, Uncategorized | Leave a comment