M. Dupont-Aignan veut fermer les frontières

On ne rigole pas.

 

En visite à Calais le 24 avril dernier dans le cadre des élections européennes, M. Dupont-Aignan a fait la déclaration suivante, après avoir rendu visite et écouté le récit des personnes exilées bloquées à Calais par la Grande-Bretagne en conjonction avec la France:

 

« Il faut que chaque pays, dont la France, retrouve le contrôle de ses frontières. Ne pas, comme dans une maison, laisser la porte ouverte. Schengen est en train de mourir, il n’a plus lieu d’être. On ne peut plus laisser ces gens à qui on a fait miroiter monts et merveilles venir vivre dans des entonnoirs comme Calais. En fermant ses frontières et en ne respectant pas les lois européennes dans ce domaine, l’Angleterre est l’exemple à suivre. »

 

Et également quand on lui demande ce qui arriverait aux migrants coincés à Calais:

 

«  Il y a des procédures concernant le droit d’asile et cela se réglera au cas par cas. Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. Je ne suis pas indifférent à leur parcours et à leur courage mais je suis un homme politique et j’ai des responsabilités vis-à-vis de mon pays. »

 

J’ai l’honneur d’informer M. Dupont-Aignan que sa première responsabilité, la plus importante, lui incombe en tant qu’être humain, pas en tant qu’homme politique. (Et oui!) Elle est de respecter les autres êtres humains de cette planète, y compris les migrants, dans tous leurs droits, y compris celui de circuler d’un pays à l’autre.

 

Je l’informe aussi que, eu égard aux étrangers hors Union-Européenne, les frontières sont vachement fermées. Les pays de départ pour l’Europe, comme le Maroc par exemple, travaillent main dans la main avec l’Union-Européenne pour faire la chasse. Une armée semi-privée, FRONTEX, patrouille les eaux et les terres. Et dans les pays européens, les étrangers hors Union-Européenne sont traqués et envoyés en Centre de Rétention avant d’être renvoyés dans leur pays, d’où ils pourront échapper à leur police secrète ou peut-être avoir la chance extraordinaire de moisir dans les merveilleux régimes qu’ils viennent juste de quitter.

 

Mais revenons aux « responsabilités. » Si sa première responsabilité, la plus importante, était envers son pays, et s’il pouvait violer les droits des migrants non-nationaux au nom de celle-ci, alors une bonne question à poser serait: si on peut les bloquer, violer leur liberté, pourquoi ne pas carrément les enfermer, les foutre tous dans un avion, autant de fois que nécessaire?

 

Posons la question autrement. Est-ce que M. Dupont-Aignan pense que ses responsabilités politiques sont à même de contre-balancer sa responsabilité de faire justice envers tout autre? Sa responsabilité légale et morale? Si la réponse est oui, c’est assez effrayant. Ça veut dire qu’il pourrait aussi mettre des français en prison arbitrairement, ou les tuer, s’il pense que la situation l’exige.

 

Ou soyons plus pertinent vu la situation de crise actuelle: il pourrait mettre des français au travail forcé. Ben oui, vous avez des droits (on vous donne du fric pour survivre), et donc vous avez aussi des devoirs (vous travaillez gratis pour nous).

 

Petit apparté: quelle horreur cette phrase. Le droit d’un homme lui appartient de naissance, il n’a rien à payer pour l’obtenir. Ce qu’on appelle les « droits » dans cette phrase, ce sont des aumônes que l’état nous jette pour pas qu’on gueule trop fort, et maintenant il se sert de ça pour nous faire culpabiliser. Merveilleux.

 

Mais en réalité, ce que M. Dupont-Aignan voulait dire, c’est tout simplement, « On n’a pas assez de sous! », ou bien entendu, « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde! » La réalité pratique délimitera toujours nos potentialités, donc, dans un sens, nos libertés; mais ici nous ne parlons pas d’un obstacle naturel de 100 mètres de haut que les migrants n’ont physiquement aucune chance de franchir. Nous ne parlons pas non plus du fait évident que nos finances publiques ont une capacité définie donc limitée.

 

Nous parlons d’une politique délibérée, la fermeture des frontières, qui a un coût humain qui se chiffre en milliers de morts, en millions d’incarcérations administratives avec tout ce que ça peut entraîner d’arbitraire et d’injuste, et un coût financier qui se chiffre probablement en milliards d’euros. Une politique délibérée, qui avant n’existait pas, qui aujourd’hui existe et qui demain pourrait ne plus exister.

 

On ne parle donc pas de réalité pratique, non. Certes, la crise, la dette sont là, mais je croyais que M. Dupont-Aignan allait tout régler avec la monnaie française et le retrait de l’Europe, et d’autres mesures souverainistes? (Il y en a même qui disent que cette dette n’est pas la nôtre, ce que je crois profondément.) On nous ferait croire qu’une solution politique à même de mettre l’économie à flot pour des dizaines de millions de personnes ne pourrait pas faire de place pour quelques milliers d’étrangers (par exemple)?

 

Désolé je ne suis pas convaincu. Un système fonctionne parce qu’il est intelligent et qu’il prend en compte un certain nombre de réalités, et particulièrement les réalités de la nature humaine. L’aspiration à une vie meilleure en fait partie, même chez les étrangers, alors je prie mes concitoyens d’apprendre à faire avec.

 

Et quand bien même nous serions sans le sou, ça ne justifiera jamais ce qui est fait aux migrants, leur liberté niée. Un problème d’argent ne justifie pas de pourchasser les gens. Les seuls qui peuvent l’accepter, ce sont les tenants de ce que j’appellerais « l’ordre naturel des nationalismes. » Nous serions tous appelés à vivre selon une destinée collective nationale, et vivre en dehors de notre pays comme essaient de le faire les migrants, ce serait nous déraciner. Ce serait anormal. Ça ne pourrait pas fonctionner. Comment est-ce que je ne peux pas voir cela?, se demandent-ils peut-être, s’ils lisent ce billet.

 

Mais d’où est-ce qu’ils tiennent ça, les Kevin Rêche et les Alexandre Gabriac? De nulle part. Ou sans doute l’ont-ils déchiffré dans leur lecture biaisée de l’histoire! Ah, ce qu’on peut imaginer déceler dans la forme des nuages, c’est fou non? Oui c’est fou. Tout ça n’est rien d’autre que de la croyance, sans fondement solide dans la réalité. Comme il est triste que ce genre de folie gouverne les hommes, au lieu de principes universels qu’on proclamait autrefois, il n’y a pas si longtemps. La justice est une science, et le nationalisme est une religion. Vous savez de quel côté je suis.

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