Être de gauche, ou être humain?

Dans un article du Monde datant du 27 juin dernier, le ministre de l’intérieur Manuel Valls déclarait qu’être « de gauche, ce n’est pas régulariser tout le monde et se retrouver dans une impasse. Il faut mener une politique républicaine, conforme aux valeurs de la France, tenir compte de la situation économique et sociale de notre pays et poser, effectivement, des critères. »

Voici pour rappel une des valeurs de la France: la liberté. La déclaration des droits de l’homme de 1789 dit, à l’article II: « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. »

Qu’est-ce que signifie l’expression « un droit naturel et imprescriptible de l’homme » ?

Elle signifie que ce droit ne peut pas être retiré par la moindre « association politique », y compris donc, par l’état français lui-même.

Pendant longtemps après la révolution, il n’y avait aucun contrôle des frontières; aucun système de visa, de passeport, de papiers. Un tel système ne venait même pas à l’esprit des républicains; en fait, ils l’auraient considéré contraire au droit d’aller et venir.

Comment la France faisait-elle, alors, pour résister à l’afflux massif de migrants de tous les coins les plus miséreux de la planète?

La réponse est: elle ne faisait rien, car, comme aujourd’hui, et en dépit de la propagande, il n’y avait pas de tel afflux; lorsque des mouvements importants de migration avaient lieu, ils répondaient à des situations géopolitiques sanglantes, comme aujourd’hui. Comme par exemple, lorsque des massacres et des pogroms antisémites eurent lieu dans les années 1880. A la suite de ces massacres, des millions de juifs russes s’exilèrent.

La majeure partie de ces juifs s’installa en Europe de l’Ouest, et y compris en France. Cela provoqua, sans surprise, des remous dans les milieux de droite et d’extrême droite. Mais en dehors de ces milieux-là, personne ne considérait encore que, parce que le pouvoir français de l’époque n’avait pas été consulté au préalable, ces juifs devaient être expulsés et renvoyés en Russie.

Personne ne suggérait non plus que l’on devait offrir l’asile à ces personnes. Non, les juifs se sont installés en France, et ont commencé à travailler, à ouvrir des commerces, des ateliers, etc. etc. et ils trouvaient suffisamment d’asile en étant libre de s’installer dans ce pays, loin des antisémites russes (et malheureusement, malgré les antisémites français). C’est exactement sous cette conception que les étrangers voyagent sur la face de la terre; beaucoup ne comprennent pas pourquoi ils sont enfermés, et pourquoi ils ne peuvent pas essayer de se faire une vie en Angleterre, et tenter leur chance, à tort ou à raison.

Pourquoi exactement une personne ne peut être en liberté de faire une telle chose aujourd’hui, Mr Valls ne peut pas l’expliquer. Il peut seulement faire vaguement référence à des valeurs que la République aurait. Quelles valeurs exactement justifient l’enfermement, l’incarcération, et la déportation des personnes criminalisées arbitrairement par la législature, nous nous le demandons. La haine? La violence? La barbarie? La xénophobie?

Il ferait mieux de dire que des intérêts économiques privés sont en jeu, et qu’il n’a pas l’intention de questionner leur légitimité, même s’ils nécessitent au final de détruire des droits fondamentaux que nos ancêtres n’auraient pas osé toucher.

Mr Valls est bien de gauche: sa loyauté est envers le système à l’intérieur duquel il travaille, avec ses conditions économiques et sociales de pauvreté et de précarité. En attendant d’arriver à son état idéal, il écrasera les sans papiers comme le faisait la droite avant lui.

Notre loyauté première est envers la justice des droits de l’homme; le système politique, économique et social est une création humaine, qui devrait être changeable à souhait, selon les besoins et les aspirations de chacun. Au lieu de ça, les droits de l’homme sont paramétrés pour s’intégrer aux besoins du système.

Là où Valls choisit d’être de gauche, nous choisissons d’être humains.

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