Universalisme, Ce Fascisme Bien-Pensant

Ou pourquoi vous devez aussi haïr les “droits de l’homme” et la parodie qui en est faite au niveau des pactes que les gouvernements de la planète réalisent les uns avec les autres. Voici ce que dit l’article 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques:

Dans les États où il existe des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques, les personnes appartenant à ces minorités ne peuvent être privées du droit d’avoir, en commun avec les autres membres de leur groupe, leur propre vie culturelle, de professer et de pratiquer leur propre religion, ou d’employer leur propre langue.

Tout ça est très joli, mais sur la page WikiPedia, regardez ce que la France a fait après ratification en 1980:

La France a émis une réserve à l’article 27, au nom de l’universalisme républicain, rappelant le fait que, étant une république “une et indivisible”, les minorités (ethniques, culturelles, linguistiques ou religieuses) n’ont ni plus de droits ni moins de droits que leurs concitoyens: en effet la France ne “fiche” pas ses résidents par catégories raciales etc.

Oui, nous avons tous les mêmes “droits,” donc de toute évidence les minorités ethniques, culturelles, linguistiques et religieuses n’ont aucun droit d’avoir leur propre vie culturelle, de pratiquer leur propre religion, ou leur propre langue, au-delà de celui qu’elles partagent avec les autres citoyens. Il suffit donc à l’état de dire que tout le monde doit parler la même langue, la langue française, minorités vulnérables comme majorité au pouvoir, pour faire croire qu’il est tout gentil, universaliste et égalitaire. “C’est la même langue! Pourquoi les minorités auraient plus de droit de pratiquer leur langue que le reste de la population?”

Bien sûr, pour ceux qui parlent déjà le français, et ne souhaitent parler que le français, un tel ordre est absolument bénin. Mais pour ceux qui ne parlent pas encore le français, pour ceux qui apprennent le français, ou probablement la majorité des cas, pour ceux qui parlent français couramment, mais voudraient quand même aussi pratiquer une autre langue avec les gens de leur communauté, parce que ça fait plaisir, parce que ça rappelle le pays, parce que ça fait aussi partie des racines qu’on a, cet ordre est absolument injuste et infondé. Et j’oserais dire que personne n’en a rien à foutre et parle comme il veut. Que les républicains, ces fascistes hypocrites qui veulent asservir tout le monde en ayant l’air de rien, n’y peuvent pas grand chose.

Souvenons-nous que longtemps après la naissance de l’Académie Française, sous la monarchie parisienne, longtemps après l’universalisme républicain fasciste, et tous les efforts nationalistes de destruction des cultures et langues régionales par la merveilleuse éducation obligatoire-fasciste-universelle-pareil-pour-tout-le-monde, une grande partie des “français,” que le FN appellerait français de souche aujourd’hui, n’avaient pas le français comme langue natale:

Même dans un pays comme la France, qui avait des frontières politiques séculaires et où les normes du bon usage avaient été élaborées au fil des siècles, un Français sur deux seulement avait le français pour langue maternelle en 1900. Les autres parlaient d’innombrables variantes de langues et de dialectes romans; en Bretagne, en Alsace et en Lorraine, les langues celtes et germaniques dominaient.

Le français n’a longtemps été que la langue du pouvoir central, projeté, imposé sur la société, d’abord par la monarchie, et ensuite par la république. Ce qu’Éric Besson dans son livre Pour la Nation justifiait ainsi:

“Notre Nation ne pouvait être construite que par ce pouvoir centralisateur, quelquefois extérieur à la Nation elle-même, qui s’est imposé et a imposé sa loi.”

Bien sûr que le pouvoir centralisateur n’était extérieur à la “Nation” que de temps à autre (j’imagine, qu’Éric veut dire, sous la monarchie); ce n’est pas comme si la “République” était aujourd’hui encore une créature minoritaire parisienne et irresponsable, régnant sur des milliers de communautés par le biais de campagnes de mensonge régulières qu’on appelle autre part des campagnes électorales. Le fait que des millions de gens se laissent berner ne signifie pas que la réalité est telle qu’elle est affichée par le pouvoir centralisateur lors de ces campagnes. Mais ce qui est vraiment fort, c’est la confusion entre la “Nation”, créature de l’état, et la société française contre laquelle l’état se battait. Pourquoi? Pour bâtir la “Nation!” Contre sa volonté, pour son propre bien!

L’égalité des “droits” et des “devoirs” arbitrairement dictés par la république à tous les citoyens est une compensation insuffisante pour la destruction des droits naturels qui appartiennent à chacun, y compris aux minorités ethniques, religieuses ou linguistiques qui existent dans la “Nation.” La “Nation” n’est pas une communauté naturelle. Or la liberté de rejoindre ou de quitter une communauté est la condition nécessaire à son authenticité. Comme la France vit sous l’état républicain, les français n’ont pas de choix en ce domaine, à moins qu’ils ne soient prêts à s’exiler, vers un autre état où ils trouveront des obligations d’appartenance similaires, et qui rendront même des vœux sincères caduques. Il faut donc aux étrangers attendre des décennies avant d’être naturalisés; c’est une sorte de très long bizutage en fait.

La “Nation” n’est pas une communauté naturelle, et elle n’est pas non plus une communauté mono-culturelle, mono-linguistique, mono-religieuse. Le fait est que sous couvert d’universalisme, la communauté la plus nombreuse, ou cet assemblage suffisamment nombreux de communautés, avec un mépris suffisant pour une communauté minoritaire, peut imposer des normes et des obligations a priori objectives, qui pourraient être calculées pour résulter en l’oppression de la communauté minoritaire, tout en épargnant la communauté ou l’assemblage de communautés plus nombreux. La langue française obligatoire est un exemple que j’ai déjà présenté. La laïcité en est un autre, qui touche plus les musulmans que les chrétiens et les athées, qui ont beau jeu de parler de l’égalité devant la loi, quand ce n’est pas eux qui souffrent de l’oppression des lois.

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