Retour sur débat, première partie

Le jeudi 30 juin dernier, le Collectif D’Ailleurs Nous Sommes d’Ici organisait un débat public sur la régularisation et la politique raciste de l’état français. Près d’une trentaine de personnes s’y étaient déplacées, y compris un nombre non négligeable de non-associatifs.

La réunion a débuté avec 4 interventions d’une dizaine de minutes chacune, de représentants de plusieurs associations et collectifs liés à la lutte pour la régularisation. Il y avait donc la Marmite aux Idées, l’Auberge des Migrants, No Border, et une personne du MRAP.

Chacun a pris la parole pour dresser un portrait général de la situation, apporter son point de vue, son expérience personnelle, et également, détailler les derniers développements calaisiens, en particulier la saisine du défenseur des droits et l’enquête lancée le 29 juin, et la destruction de Africa House.

Hormis certains des anarchistes présents, il n’y avait pas d’opposant à la politique de régularisation des sans-papiers. La discussion était donc pendant la majeure partie du temps informative plutôt que polémique.

Par exemple, on a appris que le temps moyen de traitement d’une demande d’asile était de 2 ans et demi. Egalement, la ville de Calais est devenue une zone de non-droit où les autorités ne s’embarrassent plus d’aucun scrupule pour faire ce qu’elles veulent. Enfin, les militants et les migrants sont plus sévèrement réprimés depuis la saisine, et la parution de l’article de rue 89.

Beaucoup de choses ont été dites et il est impossible de revenir sur chacune d’entre elles. Le débat a bien été ouvert sur la régularisation, mais étonnamment (ou pas), par les supporteurs de la libre circulation. Ils voient en la régularisation un objectif irréaliste, et en tout cas une lutte différente de la liberté de circulation. Également, la régularisation passe à côté des effets pervers du contrôle des frontières, comme les violences, les morts et les mafias.

La question a également été posée du moyen de participer, pour ces habitants du Calaisis qui sont sympathisants, mais qui n’ont pas le temps ou l’énergie de faire du militantisme. Malheureusement, réponse ne fut pas donnée, puisqu’à l’heure actuelle il n’existe pas de moyen rapide et simple, autre que la contribution financière et le don de nourriture ou de vêtement. Les intéressé(e)s ont été invité(e)s à laisser leurs coordonnées.

Il a été remarqué par un membre du public qu’on “peut bien accueillir toute la richesse du monde, mais on ne peut pas accueillir toute la misère du monde.” Liant donc la problématique migratoire à l’exploitation des richesses du Tiers-Monde, dans un contexte oligarchique où la population générale est écartée du bénéfice naturel des ressources de son propre pays. Tout comme la liberté de culte implique la liberté de non-culte, la liberté de circulation implique la liberté de ne pas circuler. Et donc, de rester “chez soi.” (Nous reproduisons cela sans soutenir la thèse hitlérienne que le territoire national est un espace de vie collectif -la théorie du Lebensraum– comme la maison est un lieu de vie privée. D’où, d’ailleurs, le “chacun chez soi” du Front National.)

Nous sommes aussi liés à la lutte des migrants par notre situation de classe, en tant que travailleurs sous l’état capitaliste. “La question est qu’on est embarqué dans la même galère. Donc le fait qu’il y en ait qui rame pour d’autres, ça aide pas beaucoup. Prendre en charge des gens, ça épuise ceux qui prennent en charge, et c’est pas forcément un service total à rendre aux gens. Il faudrait créer quelque chose qui permette d’être ensemble.” Pour pouvoir faire ce lien, malheureusement, il faudrait que les migrants de Calais ne soient pas juste de passage. Très peu de migrants, donc, sont impliqués dans cette lutte de classe, par le fait de leur situation.

Un autre membre du public a expliqué que nos propres habitudes et notre style de vie contribuent à la pauvreté mondiale, qui peuvent pousser d’autres à s’exiler en Grande-Bretagne. Par exemple, notre consommation importante d’essence. Il y a donc matière à réfléchir à l’empreinte de l’énorme consommation énergétique occidentale, et à ses conséquences, mondialement. (Comme avec la guerre en Irak, qui avait pour but le contrôle des réserves Irakiennes.)

Une personne de Salam a fait remarquer, aussi, qu’il est “bien d’avoir de beaucoup de réflexion, de réfléchir à comment on va faire. Mais actuellement, c’est la nourriture qui compte pour eux. Il y a des gens de Calais qui font des réflexions! ‘Pourquoi vous les nourrissez?’ Il faudrait peut-être arrêter de les nourrir?’ ” Il est bien sûr important de nourrir les affamés. Mais les humanitaires, en nourrissant les migrants, réparent les pots cassés par l’état. Un autre membre du public a rappelé l’expérience de l’association qui avait cessé la distribution et exigé des pouvoirs publics qu’ils prennent leur responsabilité. La mairie en avait profité pour monter les autres associations contre cette première, et semer la discorde. L’action a échoué, et la distribution a repris.

Bien que l’un des intervenants tendait à minimiser le rôle de Madame Bouchart et de la mairie, un contraste a été dressé entre la situation à Calais où la maire est profondément hostile à la présence des migrants, et les destructions se suivent dans “une habitude d’illégalité au niveau du quotidien.” Et la situation à Norrent-Fontes, où l’autorité locale a adopté une position plus constructive, d’aide et d’accompagnement. Le fait que les services municipaux interviennent principalement pour détruire et voler freine probablement les élans de solidarité qui pourraient autrement voir le jour, même s’ils ne seraient pas à la même échelle que l’organisation quotidienne de centaines de repas.

Un anarchiste et une membre du NPA ont débattu des mérites de la liberté et de la régularisation. La régularisation permet d’avoir accès aux droits sociaux du pays. D’un autre côté, dit l’anarchiste, combien de personnes seront régularisées? Qu’adviendra-t-il des non régularisé(e)s? “_ C’est pour ça qu’il faut régulariser tout le monde. _ C’est pour ça que je dis que la régularisation est irréaliste.” D’autres tenteront de désamorcer le problème en pointant la possibilité d’un système de liberté de circulation couplée avec un système d’aide sociale. “Si par liberté de circulation, on entend que les gens seront libres de s’installer où ils veulent, de travailler, et d’avoir une retraite, alors ça veut essentiellement dire la même chose [que la régularisation.]”

Un membre de l’université a indiqué que le lieu du débat était plutôt bon, et qu’il serait heureux de voir d’autres rencontres et d’autres débats du collectif, qui pourrait faire le lien qui manque entre les associations humanitaires, et apporter un objectif plus politique à l’humanitaire. Egalement, le Collectif D’ailleurs Nous Sommes d’Ici serait assez pluriel pour demander à organiser des soirées de présentation, pour expliquer le travail accompli et à accomplir. Un appel à assister au procès du 12 juillet contre les militant(e)s No Border a été lancé, et le débat s’est plus ou moins terminé là-dessus. Plusieurs personnes ont laissé des coordonnées pour être jointes, et nous pouvons nous attendre à de nouveaux débats et de nouvelles rencontres dans le futur, pour des projections ou autres.

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