La guerre continue

Lundi 27 juin 2011, dans une n-ième orgie de destruction, le dernier grand squat de migrants qui restait debout a été détruit à Calais.

En faisant procéder à la démolition des bâtiments, tous vétustes, la mairie avance à grands pas dans son projet et met fin à une situation dangereuse sur le plan de la sécurité. Pour autant, elle ne résout pas la situation des migrants qui avaient trouvé là-bas un endroit où manger et dormir, fut-ce dans des conditions insalubres. Nord Littoral, lundi 27.06.2011, 09:53

A noter que le Nord Littoral parle dans son titre de démantèlement. Un terme plus doux pour signifier que des bâtiments ont été sauvagement détruits, et une centaine de personnes mises à la rue. La mairie ne résout effectivement pas la situation des migrants. Mais cette formulation est malhonnête.

Pour commencer, la mairie n’a jamais eu l’intention de résoudre la moindre situation de qui que ce soit. Pour Madame Bouchart, ce n’est pas son problème si des gens sont à la rue à cause de ses actes. C’est leur faute. Naturellement, Madame Bouchard est fille d’un membre du SAC, la vieille milice gaullienne, et petite-fille d’un collaborateur. On comprend l’héritage nationaliste de la dame. Elle a tout de même revêtu la couche modérée, par commodité, aux dernières élections municipales.

Ensuite, il faut rappeler que la plupart des gens, comme dit l’article, avaient un toît sur la tête, fut-il insalubre. La mairie ne fait pas que “ne pas résoudre” le problème de logement des personnes agressées par haine raciale, j’ai nommé les migrants qui ont osé mettre un orteil sur la plate-bande territoriale de la bande à Hortefeux-Besson-Guéant, sans avoir leur permission d’abord. Terrible. Non, elle ne fait pas que ça. Elle met à la rue tous ces gens, qui sont donc aujourd’hui, lundi 27 juin, et contrairement à ce qui était le cas auparavant, sans abri. Où vont-ils dormir? Clairement, Natacha Bouchart, maire de Calais, crée le problème. Elle casse ce qui est debout. Elle détruit des bâtiments qui, à défaut de mieux, fonctionnaient en tant qu’abris.

Mais tout ceci n’est pas sensé avoir d’importance. Tout ceci est sensé être le résultat d’un long procédé. A la suite de plaintes du voisinage, le préfet aurait soigneusement organisé cette destruction. Ca explique tout. Effectivement, la dernière fois qu’on a entendu parler de nuisances sonores, dans mon voisinage, le locataire en question a été expulsé par 40 CRS et quelques flics de la PAF, et sa maison a été détruite par des bulldozers…Moi je vois ça arriver tous les jours.

Au-delà du fait que les étrangers-étrangères sont généralement traité(e)s comme des inférieur(e)s, comme le décrit le dossier No Border, la question se pose de l’étendue exacte des prérogatives des autorités, même en cas d’insalubrité. Si une personne n’a pas, présentement, d’autre choix, qu’un toît insalubre et dangereux, pourquoi ne peut-elle pas faire le choix de s’en contenter? De prendre le risque.

Ne prend-on pas des risques à chaque étape de notre vie? Est-ce que les autorités peuvent tout détruire, par précaution? Bien sûr que non. Généralement, nous laissons les uns et les autres prendre les risques qu’ils veulent, dans la mesure où ils n’engagent qu’eux-mêmes, et personne d’autre. Il est le sommet de l’irresponsabilité d’engager d’autres que soi-même dans des entreprises dont on a décidé seul sans consultation de tous les concernés. (C’est aussi pour cette raison que moi et quelques millions de personnes sommes anarchistes. Comme vous devriez l’être aussi, si vous aviez un minimum de décence.)

C’est à ce moment là que les concepts discutables de propriété et de responsabilité distante sont amenés dans la discussion. Parce que l’OPH, entreprise publique financée par l’impôt, saisissant l’argent sans consentement, et donc entreprise voleuse, mais oublions cela l’espace de notre vie toute entière, parce que l’OPH, donc, est sur le papier la propriétaire des lieux, si un problème ou accident survient, c’est l’OPH qui est responsable et qui doit payer.

Du coup, toutes les personnes qui se trouvent sur les lieux, doivent respecter les normes de sécurité les plus strictes, pour minimiser les chances d’accident, et dans le cas contraire, pour exempter l’OPH de toute responsabilité. Bien sûr, l’OPH ne va pas engager des temps pleins pour veiller à cela. La seule solution, dans ce monde pourri, est donc l’évacuation, et la destruction. Nous avons le pire des deux mondes: l’intransigeance de la propriété privée, et l’impérialisme totalitaire de la propriété publique.

Contre les migrants, la guerre continue à Calais, et moi je n’ai aucune idée de ce que ces gens vont faire cette nuit.

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